En passant

Voyager en France

Les voyages – dit-on – forment la jeunesse. La semaine qui vient de s’écouler s’est donc apparentée à une période de formation intensive pour moi, puisque j’ai renoué avec les allers-retours en train, l’attente sur les quais et la gymnastique des correspondances. J’ai également renoué avec la lecture dans les transports en commun, et le livre que je vais vous présenter m’a littéralement transportée au bout du monde.

FULIGNI Bruno, Tour du monde des terres françaises oubliées, Paris: Editions du trésor, 2014, 143 p.

FULIGNI Bruno, Tour du monde des terres françaises oubliées, Paris: Editions du Trésor, 2014, 144 p.

J’aime l’histoire et les récits de voyage. Cet ouvrage rassemble ces deux centres d’intérêt. Il ne s’agit pas d’un manuel d’histoire, ni d’une fiction, mais les faits qui y sont décrits sont d’une exactitude historique indiscutable et le style enlevé, presque romanesque.

Bruno Fuligni nous emmène ainsi dans un tour du monde des paillettes de territoires français saupoudrés sur les différents océans du globe. Certains noms sont familiers – Sainte-Hélène, Crozet ou Clipperton – d’autres beaucoup moins: saviez-vous que les îles Chesterfield étaient françaises? On découvre alors un empire méconnu, mais bel et bien français, quoique parfois contesté.

Lire cet ouvrage, c’est être happé dans une chasse au trésor (domaine de prédilection de la maison qui l’édite…) où se mêlent – dans des effluves de rhum et d’épices – pirates (euh, pardon: corsaires!), oiseaux en tous genres (et pas seulement de mauvais augure) et négociants. A tout moment, on s’attend à voir surgir Jack Sparrow, aviné et chaloupé.

Outre le récit qui, comme vous l’aurez compris, m’a fait instantanément passer des longs tunnels du RER parisien au Quarantièmes rugissants, parlons du magnifique objet qu’est ce livre: la mise en page est sublime, les illustrations inspirées des cartes maritimes du XVIIIème siècle et la jaquette se transforme en planisphère, afin de suivre les pérégrinations du récit!

Détail de la jaquette

Détail de la jaquette, dessinée par Sergio Aquindo.

Cet ouvrage plaira, j’en suis sure, tant aux amateurs de romans d’aventure qu’aux historiens car Bruno Fuligni a (enfin!) réussi à vulgariser l’histoire (au sens noble du terme), à la rendre joyeuse, sans négliger les méthodes de la recherche historique (sept pages de bibliographie détaillée, quand même…). On sens là la patte d’un professeur passionné par son sujet et désireux de donner ses lettres de noblesse à sa discipline.

Si vous avez lu ce livre, n’hésitez pas à partager vos impressions dans les commentaires: je suis très curieuse de les lire.

Passez une belle soirée et un très bon dimanche. A demain,

Hélène.

Pour en savoir plus: FULIGNI Bruno, Tour du monde des terres françaises oubliées, Paris: Editions du Trésor, 2014, 144 p.

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En passant

Le clou du spectacle

Aujourd’hui je change quelque peu de registre avec la présentation d’un ouvrage qui a été encensé par la critique et que j’ai lu récemment avec délectation.

PUERTOLAS Romain, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Paris: Le Dilettante, 2013, 252 p.

PUERTOLAS Romain, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Paris: Le Dilettante, 2013, 252 p.

Ne croyez pas pour autant que je m’éloigne de la ligne que je m’étais fixée pour ce blog: ce (premier) roman est un vrai plaisir à lire, une vraie lecture de vacances. Et même si vous êtes au travail, l’intrigue ourdie par Romain Puértolas vous fera voyager en camion, en avion, en ballon… ainsi qu’en armoire Ikéa!

Vous l’aurez donc compris: ce récit de voyage à travers l’Europe et la Méditerranée d’un fakir originaire du Rajasthan et amateur de clous rouillés (certifiés bio uniquement!) est hautement humoristique. Notre hindou moustachu y croise une ribambelle de personnages, tous plus folkloriques les uns que les autres, parmi lesquels un taxi gitan affublé d’une femme et d’une fille hautes en couleurs, un coiffeur pour hommes italien, un capitaine de la marine marchande libyenne, ainsi que la sublime Sophie Morceaux (sic.).

Toutefois, l’auteur (qui aurait lui même souhaité exercer l’honorable profession de coiffeur-trompettiste) réalise ce tour de force de ne pas proposer une farce grossière. Si l’humour est omniprésent et les jeux de mots (laids pour cerveaux lents) nombreux c’est pour mieux servir une fable qui fait réfléchir le lecteur sur ce qu’est le bonheur et les moyens de l’atteindre. C’est également une aventure humaine qui aborde la question de l’immigration clandestine et du regard que nous portons sur l’Autre, sans pour autant adopter un ton moralisateur par trop convenu.

Ce récit s’éloigne donc très largement de l’univers du meuble en kit pour offrir un succulent festival de répliques dignes d’Audiard et des Monty Python, mais non dénuées de profondeur. Je vous le recommande d’autant plus chaudement que l’écriture de Romain Puértolas, en plus d’être piquante, est fluide et déliée à souhait.

Et vous, quel a été votre dernier coup de cœur littéraire?

A demain,

Hélène.

Pour en savoir plus: PUERTOLAS Romain, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, Paris: Le Dilettante, 2013, 252 p.